La ballade des pendus
Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six:
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéca devorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De nostre mal personne ne s'en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
Si frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassis.
Excusez nous, puis que sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre
Nous sommes morts, âme ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis:
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
Prince Jésus, qui sur tous a maitrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie:
A lui n'avons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
François Villon in Jean Teulé Je, François Villon éd Julliard, Paris, 2006
La Saponaire
Petite saponaire
En robe de mariée
Danse dans la lumière
Comme un frelon nacré,
Danse dans la lumière
Sous l'oeil émerveillé
Des aulnes inclinés
Au bord de la rivière
Sous l'oeil émerveillé
Des poissons regrettant
De ne pouvoir sauter
Hors des flots par milliers,
De ne pouvoir sauter
Comme la saponaire
Dans la belle lumière
De cette aube d'été
Maurice Carême
à noter :cette photo provient du site www.fleurs-acadie.com